53- METIERS D'AUTREFOIS

Rôle essentiel dans la lande : le berger

Ils élevaient ainsi des moutons dont le rôle consistait à fertiliser les terres. C’est de cette époque que vient l’image du berger perché sur des échasses (plus courtes chez le berger médocain par rapport au berger landais). Ce moyen de locomotion était parfaitement adapté pour surveiller les troupeaux, se déplacer rapidement et au sec, tout en évitant les piqûres d’ajoncs.

Parfois membre d'une famille de propriétaires ou de métayers, c'est souvent un homme trop âgé pour le dur travail des champs mais dont l'expérience se révèle précieuse pour la conduite et le soin du troupeau. Il peut aussi être domestique, au service d'un propriétaire ou d'un métayer, intégré éventuellement à la maisonnée de son patron. Il est le plus souvent sous contrat avec un propriétaire qui lui confie alors une métairie réduite : la brasserie.

Lorsqu'il est brassier, le berger dispose une petite maison et d'un lopin de champ complété d'un jardin pour assurer sa subsistance. Le brassier apporte avec sa femme et ses enfants un complément de main d'œuvre dans bien des travaux réalisés chez le métayer ou le propriétaire qui, en contrepartie, effectuent des travaux aratoires sur son champ. Pour la garde du troupeau, il reçoit des gages annuels alloués par le propriétaire. Il occupe sa relative oisiveté à filer ou tricoter la laine de ses bêtes et à chasser pour améliorer son ordinaire.
À la belle saison, il arpente la lande pour fournir à ses bêtes une nourriture suffisante. Ainsi, la période d'agnelage passée, il s'éloigne des quartiers et des bourgs pour vivre en solitaire.
 

Une solitude toutefois émaillée de rencontres régulières avec d'autres bergers venant de villages voisins. Ces rencontres, ainsi que les fêtes et les foires, sont autant d'occasions d'échanger des nouvelles, que chacun ramène ensuite dans son port d'attache. Ainsi, paradoxalement, ce solitaire joue dans les quartiers isolés le rôle de messager.
 
 
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Puis vint l'intervention de l'homme et la création de la Forêt d'Hourtin

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Avec  la menace permanente du sable, puis de l'eau, les hommes cherchèrent tant bien que mal à arrêter les dunes poussées par le vent et l'océan. Le sable poussé par ces vents d'ouest envahissait les villages. C’est le cas de Soulac-sur-Mer où la Basilique Notre-Dame de la Fin des Terres a été ensevelie.

Afin de freiner l'avancement de ces dunes mobiles, on trouva la solution de les fixer par semis de pins maritimes entre 1802 et 1867, une technique faisant suite aux rapports et essais de Nicolas Brémontier mais s’appuyant sur de nombreux autres précurseurs.

Pour ce qui est de l'intérieur, la lande, c'est Chambrelent, ingénieur des Ponts et Chaussées, qui avait remarqué que la végétation se développait seulement là où les eaux trouvaient à s'écouler. Il en conclut qu'il fallait avant tout assurer la libre évacuation des eaux superficielles dès le printemps. Lors de sa visite dans les Landes en 1855, l'Empereur Napoléon III fut enthousiasmé par les résultats de Chambrelent. Une loi datant de 1857 obligea les communes à assainir et ensemencer leurs landes. Les propriétaires fonciers, profitant du réseau de collecteurs, poursuivirent de leur côté des travaux analogues.

A partir de là, le visage de la région va profondément se transformer et le pin que l'on surnommera pendant longtemps "l'arbre d'or", va devenir l’arbre roi des Landes de Gascogne. La loi de 1857 provoqua la transformation radicale de l’économie locale et de la démographie de la région.

La forêt domaniale d'Hourtin va naître à cette époque.

L'arbre d'or d'Hourtin

D’une croissance rapide, le pin maritime appelé "l'arbre d'or" devient une ressource économique pour Hourtin. Il existe alors deux principaux débouchés : l’industrie de transformation du bois mais aussi et surtout la production de résine, plus rémunératrice, surtout pour le propriétaire. La plantation de ces pins va ainsi permettre l'essor de nouvelles activités économiques. Entre autres, une pratique va se mettre en place consistant à récolter la résine de l’arbre en le faisant «saigner» : le gemmage.

Cette appellation "d'arbre d'or" englobait en réalité l'ensemble des revenus que le pin était susceptible de générer pour un propriétaire forestier, et il est vrai que ceux-ci étaient multiples. Les jeunes pins coupés lors des éclaircies étaient par exemple utilisés comme poteaux de mines, ou servaient aux ostréiculteurs d'Arcachon pour délimiter leurs parcs. Devenus adultes, ils pouvaient ensuite être résinés pendant de longues années et assuraient de ce fait des revenus réguliers et importants. Enfin, lorsqu'il n'était plus possible de les gemmer, ils étaient vendus comme bois de coupe et venaient ainsi grossir une nouvelle fois la cagnotte de leur propriétaire. C'était tout cela "l'arbre d'or", et l'on peut constater que les pins ont effectivement fait la fortune de très nombreux propriétaires, surtout des propriétaires qui possédaient de grandes surfaces de forêt mais aucun gemmeur n'a fait fortune avec la résine.

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Faut dire que la résine avait des atouts

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Avec la disparition du pastoralisme et les plantations massives de pins maritimes, le procédé de gemmage va se généraliser à travers toute la forêt et devenir une activité industrielle phare de la région jusque dans les années 1950.

On obtenait après distillation de la résine récoltée, deux composés très utiles à l’industrie chimique : de l’huile essentielle de térébenthine volatile et transparente, pour 20%, et, pour 75 à 80%, un produit plus dur de couleur jaune, la colophane, utilisée dans les peintures, vernis, laques, savons, colles, graisses industrielles, encres, linoléums, isolants électriques, pneumatiques synthétiques, émulsions routières, adhésifs, utilisée également en gravure, soudure, papeterie, sport,  utilisée encore par les violonistes pour leur archer, par les alpinistes pour ne pas glisser, ... et la liste est longue.

La térébenthine elle, rentre dans la confection de nombreux produits solvants, d'entretien (cirages, cires et encaustiques), peintures, vernis, produits de synthèse (parfums, désinfectants, désodorisants, celluloïd, films, produits pour laboratoires pharmaceutiques, textiles...), ... Elle contient aussi des pinènes, molécules non saturées en hydrogène, qui permet de fixer de l’oxygène. 

Le dur métier de résinier

Le métier de résinier est un métier pénible. Il faut arpenter les forêts du soir au matin et ce tout au long de l’année pour un salaire parfois dérisoire. Le résinier n’est pas propriétaire des pins dont il s’occupe. Il est payé en général sur la moitié de la vente de la résine, l’autre moitié étant pour le propriétaire qui fournit le matériel notamment les pots de résine et une cabane pour abriter  le résinier et sa famille en pleine forêt. Le résinier a ses propres outils dont il prend grand soin.

En janvier et février, il enlève les morceaux d’écorce du pin et place en dessous le pot pour pouvoir recueillir plus tard la résine. Le pin est alors cramponné et écorcé. A partir du premier mars, il pratique la pique avec une sorte de hache appelée le hapchot landais. Il entaille l’aubier (partie de l’arbre juste sous l’écorce) pour sectionner les canaux résinifères et assurer un débit de résine suffisant qui sera recueilli dans le pot. La saignée ainsi obtenue s’appelle la care. Un pin peut comporter plusieurs cares. De la care, la gemme se met à couler, mais au contact de l’air elle cristallise lentement. Le résinier est donc obligé de rouvrir la blessure de l’arbre tous les sept jours. Lorsque les pots sont pleins, les femmes, dont c’est principalement le travail, récoltent la résine. Cette opération s’appelle la ramasse ou l’amasse. Ces pots sont transvasés dans des bidons en tôle, des couartes ou escouartes d’une contenance de 10 à 12 litres. Puis c’est dans des barriques qu’est versée la gemme avant d’être expédié à la distillerie la plus proche. Il y a cinq récoltes par année de gemmage, la dernière intervient au début du mois de novembre.

Souvent les gemmeurs entretiennent la forêt durant l’hiver ce qui leur permet de recevoir un salaire complémentaire. On devient résinier par tradition familiale. On est résinier de père en fils. Cette transmission orale et pratique des gestes et des techniques dure près de trois années avant de devenir un bon gemmeur.

Le rôle des femmes a toujours été très important, au point que l'on parlait fréquemment de "couple de résiniers". Il faut savoir que pour gagner sa vie, un résinier devait gemmer environ 6000 à 7000 pins par semaine. Dans ces conditions, le ramassage de la résine incombait très souvent à la femme du résinier, ou même parfois à sa mère, lorsqu'il était encore célibataire.

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Dans le même temps, une cohorte de métiers ou activités de la forêt apparaissent à Hourtin

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comme les élagueurs qui décapitaient certains arbres pour faciliter leur abattage et surtout éviter l’éclatement des fûts lors de leur chute, les bûcherons qui abattaient les arbres, bien évidemment, les tailleuses de bruyère, les équarrisseurs ou doleurs qui rendaient le bois d’équerre pour faciliter le travail des scieurs, les scieurs de long (photo) : toujours par deux, le mal aux reins pour l’un (le chevreau), la sciure dans les yeux pour l’autre (le renard), les charbonniers qui fabriquaient du charbon de bois en pleine forêt, au milieu de la matière première, les fabricants de ligots, fagotins de bûchettes dont se servaient les ménagères pour allumer le feu, les fagoteuses qui ramassaient le bois dont elles avaient besoin pour se chauffer et faire la cuisine, les fendeurs-lattiers qui produisaient des lattes pour les toitures, des lattis à plâtrer, des piquets de vigne etc..., les débardeurs-rouliers qui transportaient le bois de la coupe à la route, en dégageant le chantier à mesure de la progression du travail, les muletiers qui effectuaient les transports du bois de la route à sa destination finale, et bien d'autres encore...

Et l'histoire continue, bon gré, mal gré, de la résine à la pâte à papier

Le gemmage disparaît peu à peu, face à la concurrence des pays où la main d'œuvre est moins chère et surtout à la concurrence des produits pétroliers qui se substituent à la colophane et à l'essence de térébenthine. Il disparaît vers la fin des années 80. 

Mais pendant la première partie du XXe siècle, la forêt connait à nouveau un essor important avec les industries du bois et surtout du papier qui deviennent des acteurs notables de l'économie régionale. Le bois du pin maritime est exploité pour les poteaux, les mines, les traverses de chemin de fer...

Une filière économique complète s'organise alors autour du bois : sylviculture, scieries, façonnage et spécialités du bois (parquets, menuiserie, etc.), emballage et transformation du papier, papeteries.

 A noter que d’autres essences cohabitent avec le pin maritime, parmi lesquelles le chêne vert et le bouleau, moins de 10%.

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Exploitation forestière et mécanisation

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C'est vers les années 1889, que des exploitants forestiers créerent au départ de la halte de Cartignac située sur la ligne Lespare-Facture des Economiques de la Gironde, une voie joignant le lieu-dit Contaut, avec prolongement vers le sud jusqu'aux phares jumeaux d'Hourtin.

A partir de 1917, le tronçon Contaut-Cartignac sera utilisé par les militaires pour la desserte du centre-école d'hydravions installé au nord de l'étang d'Hourtin.

Dans un premier temps, le roi incontesté de cette forêt Landaise et Girondine, a été tout d'abord la mule, et le cheval.

Puis au début des années 1920, apparût le tracteur agricole Fordson, la demande de la part des forestiers fût tellement importante, que la firme Fordson installa dans la banlieue de Bordeaux une importante chaine de montage pour adapter son tracteur à la voie de 0,70m.

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Date de dernière mise à jour : 18/01/2016